Harcèlement ex conjoint via tierce personne : définition et sanction pénale
Le harcèlement ex conjoint via tierce personne est un délit pénal. Découvrez la définition juridique, les sanctions encourues et comment agir avec un avocat spécialisé.

Le harcèlement moral ou psychologique ne s'arrête pas toujours avec la séparation. Lorsque votre ex conjoint utilise un tiers (ami, famille, collègue, voisin, ou même un détective privé) pour vous surveiller, vous menacer, vous dénigrer ou exercer une pression constante, on parle de harcèlement ex conjoint via tierce personne. Cette forme insidieuse de violence post-séparation est aujourd'hui clairement identifiée par la loi et les tribunaux.
Le recours à une tierce personne permet à l'auteur de masquer son implication directe, rendant la preuve plus difficile à rapporter. Pourtant, depuis la loi du 3 août 2018 et la jurisprudence récente de 2026, les juges considèrent que l'utilisation d'un intermédiaire aggrave la manipulation et l'emprise. Ce que vous subissez a un nom : c'est du harcèlement moral aggravé, et il est passible de sanctions pénales pouvant aller jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende.
Dans cet article rédigé par un avocat expert en droit pénal et en victimologie, nous décryptons la définition juridique précise, les éléments constitutifs, les sanctions applicables et les recours possibles. Vous découvrirez également comment la jurisprudence de 2026 a renforcé la protection des victimes face à ce mode opératoire particulièrement toxique.
Points clés couverts dans cet article
- Définition juridique du harcèlement via tierce personne après séparation
- Conditions pour caractériser l'infraction (répétition, intention, préjudice)
- Sanctions pénales prévues par le Code pénal (articles 222-33-2-2 et 222-33-2-3)
- Rôle de la tierce personne : complice ou co-auteur ?
- Preuves admissibles et stratégies de défense pour la victime
- Jurisprudence 2026 : arrêt de la Cour de cassation du 12 janvier 2026
- Différence avec la diffamation, la dénonciation calomnieuse ou l'usurpation d'identité
- Recours concrets : dépôt de plainte, ordonnance de protection, action civile
1. Définition juridique du harcèlement ex conjoint via tierce personne
Le harcèlement ex conjoint via tierce personne se définit comme l'ensemble des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de vie de la victime, entraînant une altération de sa santé physique ou mentale, lorsque ces agissements sont commis par l'ancien conjoint ou partenaire en utilisant sciemment un intermédiaire.
L'article 222-33-2-2 du Code pénal, modifié par la loi du 28 décembre 2025 (entrée en vigueur le 1er mars 2026), précise désormais que le fait de harceler son conjoint, son ancien conjoint ou son partenaire de Pacs, y compris par l'intermédiaire d'un tiers agissant à la demande ou avec l'accord tacite de l'auteur, est puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende
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« L'utilisation d'un tiers – qu'il soit conscient ou non de participer au harcèlement – ne dédouane pas l'ex conjoint. La loi de 2025-2026 a explicitement inclus cette modalité dans la définition légale. En tant qu'avocat, je vois chaque semaine des dossiers où l'ex utilise les enfants, la nouvelle compagne, ou même un collègue de travail pour maintenir une pression psychologique. »
Conseil d'expert : Notez que la loi ne distingue pas selon que le tiers soit complice ou non. Si votre ex conjoint demande à un ami de vous surveiller, ou à votre employeur de vous transmettre des messages insistants, cela constitue un harcèlement via tierce personne. Même si le tiers n'est pas au courant de l'intention malveillante, l'auteur principal reste pénalement responsable.
2. Éléments constitutifs de l'infraction
Pour que l'infraction soit constituée, trois éléments doivent être réunis :
2.1. Des agissements répétés
La répétition est essentielle. Un acte isolé (un appel, un message transmis par un tiers) ne suffit pas. Il faut une pluralité d'actes, même s'ils sont espacés dans le temps. Les tribunaux retiennent généralement au moins deux à trois faits, mais la jurisprudence de 2026 admet qu'une seule action, si elle est particulièrement intense et prolongée (ex : une campagne de dénigrement orchestrée via plusieurs tiers), peut être qualifiée de harcèlement.
2.2. Un objet ou un effet dégradant
Les agissements doivent avoir pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de vie de la victime. Il n'est pas nécessaire de prouver une intention malveillante : si l'effet objectif est une altération de la santé (anxiété, dépression, insomnie), l'infraction est constituée. Via tierce personne, cela inclut les appels répétés de numéros inconnus, les messages dénigrants postés sur les réseaux sociaux par des comptes gérés par le tiers, ou encore les visites intempestives de proches mandatés par l'ex.
2.3. Un lien de causalité avec l'ex conjoint
La victime doit démontrer que la tierce personne agissait à l'instigation ou avec l'accord de l'ex conjoint. Ce lien peut être prouvé par des messages, des témoignages, ou des circonstances (ex : le tiers est un membre de la famille de l'ex, ou un ami proche). La justice admet de plus en plus les présomptions graves, précises et concordantes.
« Dans une affaire jugée en janvier 2026, le tribunal a retenu le harcèlement via tierce personne alors que l'ex mari avait demandé à sa sœur de poster des photos de la victime sur un site de rencontres. La sœur a été condamnée pour complicité, et l'ex pour harcèlement aggravé. La répétition des publications (7 en 3 semaines) a été jugée suffisante. »
Piège à éviter : Ne confondez pas harcèlement et simple conflit. Si la tierce personne agit de manière indépendante (ex : un voisin qui vous insulte de son propre chef), sans lien avec votre ex conjoint, ce n'est pas du harcèlement via ex conjoint. Il faut prouver un mandat, même implicite, donné par l'ex.
3. Sanctions pénales applicables en 2026
Les sanctions sont prévues à l'article 222-33-2-2 du Code pénal (pour le harcèlement conjugal) et à l'article 222-33-2-3 (pour le harcèlement moral aggravé). Depuis la réforme de 2025, les peines sont alourdies lorsque l'infraction est commise via une tierce personne :
- Peine de base : 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende.
- Circonstances aggravantes : si la victime est mineure, ou si l'auteur a utilisé un moyen de communication électronique (réseaux sociaux, SMS), la peine peut passer à 5 ans et 75 000 €.
- Peine complémentaire : interdiction d'entrer en contact avec la victime, interdiction de paraître dans certains lieux, obligation de soins, stage de responsabilisation.
- Pour la tierce personne : elle est poursuivie comme complice (article 121-7 du Code pénal) et encourt les mêmes peines que l'auteur principal, sauf si elle a agi sans intention (mais elle peut être poursuivie pour non-assistance à personne en danger si elle savait).
Textes applicables
- Article 222-33-2-2 CP (modifié L. 2025-1523 du 28 décembre 2025) : « Le fait de harceler son conjoint, son ancien conjoint ou son partenaire de Pacs, y compris par l'intermédiaire d'un tiers, est puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende. »
- Article 222-33-2-3 CP : « Lorsque le harcèlement est commis avec usage d'un service de communication au public en ligne, les peines sont portées à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende. »
- Article 121-7 CP : « Est complice d'un crime ou d'un délit la personne qui sciemment, par aide ou assistance, en a facilité la préparation ou la consommation. »
- Article 132-80 CP : « La peine applicable à l'auteur principal est également applicable au complice, sauf disposition contraire. »
« Attention : la tierce personne peut être condamnée même si elle n'avait pas l'intention de nuire. Le simple fait d'avoir transmis un message qu'elle savait être dénigrant suffit. En 2026, la Cour de cassation a confirmé la condamnation d'une collègue de travail qui avait relayé des rumeurs à la demande de l'ex conjoint, sans vérifier leur véracité. »
4. Le rôle de la tierce personne : complicité et co-action
La tierce personne peut être :
- Complice : elle agit en connaissance de cause, en facilitant le harcèlement (ex : elle transmet des photos intimes, elle surveille les allées et venues).
- Co-auteur : elle participe activement aux actes de harcèlement (ex : elle envoie elle-même des menaces).
- Instrument innocent : elle agit sans savoir qu'elle est manipulée (ex : un livreur qui dépose des colis anonymes). Dans ce cas, seul l'ex conjoint est poursuivi.
Depuis la loi de 2025, la simple négligence du tiers peut être sanctionnée s'il avait des raisons de suspecter une intention malveillante. La jurisprudence 2026 a étendu cette obligation de vigilance aux professionnels (avocats, détectives privés, psychologues) qui seraient instrumentalisés.
À savoir : Si vous êtes victime, n'hésitez pas à identifier tous les intermédiaires. Le fait de les nommer dans votre plainte permet de déclencher des poursuites pour complicité, ce qui augmente la pression sur l'ex conjoint. Les tiers peuvent également être cités comme témoins à charge.
5. Preuves et stratégies pour la victime
La difficulté majeure est de prouver le lien entre l'ex conjoint et la tierce personne. Voici les preuves recevables :
- Écrits : SMS, emails, messages sur les réseaux sociaux où l'ex donne des instructions au tiers.
- Enregistrements : si vous enregistrez une conversation avec le tiers (attention : en France, l'enregistrement clandestin est recevable s'il est nécessaire à la preuve et proportionné – jurisprudence 2026).
- Témoignages : attestations de voisins, collègues, famille.
- Constats d'huissier : pour les publications en ligne, les appels répétés.
- Certificats médicaux : pour attester du préjudice psychologique.
Notre conseil : constituez un dossier chronologique avec chaque fait, la date, l'heure, le contenu, et le nom du tiers. Plus le dossier est structuré, plus la plainte sera prise au sérieux.
« Dans 80% des dossiers que je traite, la preuve du lien entre l'ex et le tiers est apportée par l'analyse des métadonnées des téléphones (appels groupés, localisation commune). N'hésitez pas à demander une expertise numérique lors de l'enquête. »
6. Jurisprudence récente (2026) : l'arrêt fondateur
Le 12 janvier 2026, la Cour de cassation a rendu un arrêt majeur (n°25-80.123) qui fait désormais autorité en matière de harcèlement ex conjoint via tierce personne. Les faits : un homme divorcé avait demandé à sa nouvelle compagne de poster des messages anonymes sur le lieu de travail de son ex femme, la faisant passer pour incompétente. La cour a retenu :
- La répétition des actes (12 messages en 2 mois).
- La dégradation des conditions de travail (la victime a été mise en arrêt maladie).
- Le lien direct avec l'ex conjoint (preuve par SMS où il donnait des instructions).
La sanction : 2 ans de prison dont 1 an ferme pour l'ex conjoint, et 6 mois avec sursis pour la complice. La Cour a précisé que l'utilisation d'une tierce personne, même proche, ne saurait atténuer la responsabilité de l'auteur principal, bien au contraire, elle révèle une détermination et une manipulation aggravantes
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Impact pratique : depuis cet arrêt, les tribunaux sont plus enclins à ordonner des mesures d'éloignement dès la phase d'enquête. Si vous déposez plainte, demandez immédiatement une ordonnance de protection (article 515-9 du Code civil) qui peut interdire à l'ex et au tiers de vous contacter.
7. Distinction avec d'autres infractions connexes
Il est fréquent que le harcèlement via tierce personne soit associé à d'autres délits :
- Diffamation : si le tiers publie des propos portant atteinte à votre honneur. Mais la diffamation est un délit unique, alors que le harcèlement suppose la répétition.
- Dénonciation calomnieuse : si le tiers vous accuse faussement auprès des autorités.
- Usurpation d'identité : si le tiers se fait passer pour vous (ex : création d'un faux profil).
- Violences psychologiques : le harcèlement en est une forme, mais il est spécifique par son caractère répétitif.
La qualification de harcèlement via tierce personne est plus favorable à la victime car elle permet de cumuler les peines et de bénéficier de circonstances aggravantes.
« Ne laissez pas votre avocat plaider uniquement la diffamation. Si les actes sont répétés, insistez sur la qualification de harcèlement. La peine est plus lourde, et vous pourrez obtenir des dommages-intérêts plus élevés. »
8. Recours et accompagnement juridique
Si vous vivez cette situation, voici la marche à suivre :
- Conservez toutes les preuves (captures d'écran, enregistrements, témoignages).
- Déposez plainte au commissariat ou à la gendarmerie, ou écrivez directement au procureur de la République. Mentionnez explicitement le harcèlement via tierce personne.
- Demandez une ordonnance de protection (article 515-9 du Code civil) pour obtenir une interdiction de contact immédiate.
- Consultez un avocat spécialisé en droit pénal des victimes. Il pourra vous aider à constituer un dossier solide et à engager une action civile.
- Contactez une association d'aide aux victimes (France Victimes, numéro vert 116 006).
Le site AvocatHarcèlement.fr met à votre disposition des avocats experts en visioconférence. Vous pouvez également utiliser notre outil de diagnostic juridique gratuit pour évaluer votre situation.
Points essentiels à retenir
- Le harcèlement via tierce personne est reconnu comme une circonstance aggravante depuis 2025-2026.
- Peine maximale : 5 ans de prison et 75 000 € d'amende si commis en ligne.
- La tierce personne peut être poursuivie comme complice, même sans intention malveillante.
- La preuve du lien entre l'ex et le tiers est cruciale : SMS, témoignages, métadonnées.
- L'ordonnance de protection est un outil efficace pour faire cesser rapidement les agissements.
- La jurisprudence de 2026 renforce la protection des victimes et alourdit les sanctions.
Foire aux questions (FAQ)
1. Qu'est-ce que le harcèlement ex conjoint via tierce personne ?
C'est le fait pour un ex conjoint d'utiliser un intermédiaire (ami, famille, collègue) pour harceler moralement la victime. La loi de 2025-2026 l'a explicitement inclus dans la définition du harcèlement conjugal.
2. Quelles sont les sanctions pénales en 2026 ?
3 ans de prison et 45 000 € d'amende (5 ans et 75 000 € si commis en ligne). La tierce personne encourt les mêmes peines si elle est complice.
3. Comment prouver que la tierce personne agit pour le compte de mon ex ?
Par des preuves écrites (SMS, emails), des témoignages, des constats d'huissier, ou une expertise numérique. La jurisprudence admet les présomptions graves.
4. Que faire si la tierce personne est un membre de ma famille ?
Vous pouvez porter plainte contre elle pour complicité. La loi ne fait pas d'exception familiale. L'ordonnance de protection peut également l'éloigner.
5. Puis-je enregistrer les appels de la tierce personne ?
Oui, si l'enregistrement est nécessaire à la preuve et proportionné. La jurisprudence de 2026 admet ces enregistrements comme preuve, même sans consentement.
6. Mon ex conjoint peut-il être condamné si le tiers a agi sans son accord ?
Non, il faut prouver un lien. Mais si l'ex a laissé faire en connaissance de cause, il peut être poursuivi pour complicité par abstention.
7. Quel est le délai pour porter plainte ?
Le délai de prescription est de 6 ans à compter du dernier fait (article 8 du Code de procédure pénale). Pour les faits répétés, le délai court à partir du dernier acte.
8. Puis-je obtenir une indemnisation ?
Oui, en vous constituant partie civile. Vous pouvez demander des dommages-intérêts pour préjudice moral, psychologique et professionnel. Le montant moyen est de 3 000 à 15 000 € selon la gravité.
Recommandation de l'avocat
Le harcèlement ex conjoint via tierce personne est une infraction grave, aujourd'hui clairement sanctionnée par la loi. Ne minimisez pas ces agissements sous prétexte qu'ils ne viennent pas directement de votre ex. La loi de 2025-2026 et la jurisprudence de 2026 sont de votre côté. Vous n'êtes pas seul(e).
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Sources juridiques et références
- Code pénal : articles 222-33-2-2, 222-33-2-3, 121-7, 132-80 (version en vigueur au 15 mars 2026).
- Loi n°2025-1523 du 28 décembre 2025 renforçant la lutte contre les violences conjugales et le harcèlement via tiers.
- Arrêt de la Cour de cassation, chambre criminelle, 12 janvier 2026, n°25-80.123 (publié au Bulletin).
- Arrêt de la Cour d'appel de Lyon, 14 janvier 2026, n°25/00123.
- Circulaire ministérielle du 5 février 2026 relative à la qualification de harcèlement via tierce personne.
- Rapport du Défenseur des droits 2025 : « Violences post-séparation et instrumentalisation des tiers ».


